Tracer-désirer

Le dessin d'enfant dans la cure psychanalytique

Céline Masson
couverture
L'enfant avant même de savoir parler va éprouver le besoin d'inscrire des traces : marques, taches, points, lignes, boucles, spirales... Son geste de main entraîne tout son corps vers une expression de langage qui tend vers l'Autre. Faire trace pour se donner un support, une assise qui fasse lien entre dedans et dehors, lieu de projection des pulsions. Ex-pression des pulsions et mise en images et en figures de l'activité fantasmatique. Le dessin pro-jette, met en espace une image du corps, instaure un cadre qui permet la mise en scène de l'énigme. Il est le véhicule des fantômes, des visages d'histoire et de mémoire en venant représenter l'absence par cette présence énigmatique qui compose les formes. Le dessin est une prise sur l'énigmatique et l'actuel, il doit être interprété, travaillé dans le mouvement même de sa réalisation, dans le mouvement même du transfert lorsque le dessin est réalisé dans le cadre de la cure. C'est donc ce mouvement transférentiel qui va nous intéresser dans ce livre, le dessin pris dans le travail analytique. Il est alors pré-texte à la mise en mots et aux associations libres. L'image accompagne la parole qui transforme elle-même le processus de figurabilité à l'oeuvre dans le tracé. Le dessin est l'exposition d'une complexité dans laquelle se trouve l'enfant qui montre ainsi à l'analyste là où il en est. C'est en quelque sorte l'identité subjective de l'enfant, ancrée dans le corps de sensations, qui se projette sur la surface, dans l'actuel de la séance. Les représentations de l'enfant vont surtout permettre l'ouverture, dans le cadre de la relation transférentielle, d'un espace inédit où le désir se déploie et où l'image inconsciente du corps se construit. C'est l'acte même de dessiner, la dynamique instaurée par le dessin dans la cure, qui prime sur le contenu du dessin. Nous aurons à traduire ces représentations, à les interpréter avec les mots que l'enfant et l'analyste vont mettre à l'oeuvre de la parole. Le dessin constitue un support remarquable d'expression de l'inconscient. Mais il faut du temps pour le lire, l'entendre, l'interpréter, prêter l'oreille à un sens qui demande à être ouvert, à une énigme qu'il s'agira de déchiffrer par-delà les formes que nous percevons d'emblée. Le dessin se ressouvient et sa ligne trace, dans le mouvement du transfert, en résonance harmonique avec le thérapeute, ce dont la parole se saisit d'une mémoire en construction. En paraphrasant Paul Klee, on pourrait dire que le dessin n'a pas à rendre le visible mais à rendre visible.
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