Se débarrasser d'un époux violent : Indiana de George Sand, un roman des possibles

Sophie Ménard
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Avec Indiana (1832), George Sand invente une esthétique idéaliste qui imagine un monde affranchi de la « barbarie des lois » injustes envers la « moitié du genre humain ». Ce premier roman, dans lequel le mariage apparait comme une institution productrice de morts, et surtout de mortes, révèle une « vérité négative » : au XIXe siècle, les jeunes femmes disposent d’un faible pouvoir décisionnel, sinon par des résistances discrètes ou illégales. Se débarrasser d’un époux violent qu’elles n’ont pas choisi devient, pour certaines, une forme de légitime défense face à la persécution. Pour d’autres, comme Sand, l’entrée en littérature ouvre une voie d’émancipation. Faire couler le sang ou l’encre, en somme, dans l’espoir d’un peu de sécurité, et peut-être de bonheur. 

Cet essai d’ethnocritique interventionniste et féministe revient sur la naissance de ce chef-d’œuvre et de celle de son autrice. Il analyse les scripts culturels de l’oppression féminine (alliances contraintes, incestes, unions interraciales, violences conjugales) à la lumière des (im)possibilités juridiques, sociaux et littéraires du début du XIXe siècle et de leur réinvention romanesque. S’il examine les récits possibles qui organisent le roman, c’est qu’ils constituent un espace privilégié d’imagination où Sand dénonce les injustices structurelles et les prisons légales qui tuent les femmes.
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