Raconter l'irréparable

ou les rêves de la Shoah

Christiane SOLTE-GRESSER
couverture

Partant du constat de leur omniprésence dans la littérature concentrationnaire, ce livre en interroge le sens et les formes. Car, si raconter un rêve, c’est toujours tenter de mettre en mots ce qui excède le langage, la tentative de dire la Shoah en fournit sans doute la plus terrible illustration.

Qu’ils soient documentaires (Beradt, Szittya, Cayrol), autobiographiques (Antelme, Levi, Delbo, Wiesel, Semprun), dramatiques (Fritsch, Eich) ou romanesques (Bachmann, Langfus, Foer), les récits de rêve déploient un langage singulier. Leur confrontation permet pourtant de faire apparaître de puissants croisements, révélant l’existence d’expériences oniriques collectives. Les évasions y sont rêvées jusqu’à leur échec ; les détenus savent déjà, en rêve, qu’à leur retour ils ne seront pas entendus ; et lorsqu’ils ont survécu, c’est des morts qui les visitent la nuit – quand ils ne se vivent pas eux-mêmes comme le rêve des défunts. On peut en effet douter de la réalité d’une vie dans l’après-guerre ; mais une chose est sûre  : sortir d’un rêve pour se réveiller dans un camp de concentration, c’est plonger dans un nouveau cauchemar.

Si les rêves attachent donc les survivants – et nombre de descendants de victimes – à la répétition sans fin du traumatisme, ils ouvrent pourtant, de manière paradoxale, une voie étroite et fragile pour penser la réparation de l’irréparable.

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