Phraser les vagues

Virginia Woolf, Les Vagues

Chantal Delourme
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Les Vagues (The Waves), texte majeur dans l’œuvre de Virginia Woolf, est également le plus énigmatique. Cela tient à la singularité de cette cheville ouvrière qu’est la phrase woolfienne, ainsi qu’en témoigne déjà le nom de “playpoem” que Virginia Woolf lui avait donné. Incarnant au travers de prénoms des formes de vie stylisées par des leitmotive différenciés, les voix sont des instances de la passagèreté de la vie, dont la phrase woolfienne fait s’entrechoquer les échelles. Exilées dans un présent pur, elles sont ensuite recueillies dans la mémoire de celui qui tient lieu de narrateur.  Agencées telles une partition fuguée, elles sont à la fois multiples et une, laissent trace de l’effraction de la mort et de l’effroi, disent les vertiges de la finitude. La phrase woolfienne est tout au long traversée par l’archive bruissante de la littérature, dont elle charrie les noms, les rémanences spectrales et les mises en abyme. Elle déploie également sa puissance critique dans les différentes manières dont elle objecte à l’ordre du récit, aux phrases prescriptives, et aux collusions entre lieux du savoir et forces mortifères qui œuvrent dans l’histoire. Mouvante, se rapportant à une origine insituable, se tenant souvent sur le bord du Rien, elle initie à une expérience d’écriture et de lecture inédite.
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Lire depuis Le Malaise dans la culture

Isabelle Alfandary, Chantal Delourme, Richard Pedot

16/05/2012

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