Levinas et le temps diachronique

Jacques Colette
couverture

Du premier au dernier chapitre paraît, tel un leitmotiv chez Levinas, l’existence investie comme liberté de par la référence à un passé immémorial déformalisant le fil temporel, diachronie d’un temps non synchronisable. Alors que se dessine l’approche contrastée faite d’accords et de divergences s’agissant chez Kierkegaard du sacrifice d’Abraham, le rapprochement de Levinas et de Schelling met en relief l’antériorité du monothéisme. De part et d’autre paraît la diachronie, l’entretemps d’un profond jadis se soustrayant à toute substruction logique de l’être. Dans l’analyse de la nausée éprouvant la honte de l’être rivé à soi, s’est imposée l’évasion non rêvée de la responsabilité flottant au-dessus des eaux de l’ontologie, de l’inhérence à soi. En dialogue avec La pensée interrogative de Jeanne Delhomme, se développe une pensée modale, en modulations quasiment musicales, s’émancipant des servitudes de l’histoire, diachronie de l’immémorial. Dans la liberté de la création et de la jouissance artistiques, monde renversé chez Hegel, monde neutralisé chez Husserl, l’œuvre d’art est, dans la phénoménologie française, cette irréalité surgissant sur fond de monde à même la phénoménalité. Selon Levinas, c’est en son exotisme et son arrêt dans l’entretemps que l’œuvre d’art s’impose au paroxysme de sa matérialité, rendant perceptible dans l’émotion le mystère même de l’autre.

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