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Hermann

Servir l’intelligence de l’écrit

Les Éditions Hermann sont connues pour publier des ouvrages de qualité, écrits par des universitaires ou des intellectuels de renom et destinés à un large public. Soucieuse d’éviter le double écueil de l’érudition trop savante et de la vulgarisation à outrance, la maison est l’une des dernières à accorder toute son importance au traditionnel travail de suivi éditorial : les textes, devant être clairs, didactiques, intelligibles et bien écrits, sont en grande partie retouchés par les éditeurs, qu’Arthur Cohen qualifie de «serviteurs de l’intelligence de l’écrit».

Formule à considérer sous tous ses aspects : l’intelligence de l’écrit, c’est d’abord l’intelligence de l’auteur, de sa pensée ; telle est la raison pour laquelle l’équipe éditoriale sélectionne de façon drastique les nouveaux auteurs en fonction de leur perspicacité, de la pertinence de leurs points de vue et de la valeur intellectuelle de leurs travaux.

Mais l’intelligence de l’écrit, c’est aussi l’intelligibilité du propos, qui permet au lecteur de prendre plaisir à découvrir des thèses originales et novatrices.

La marque de fabrique des Éditions Hermann s’énonce de fait dans cette simple formule, qui pourrait être reprise comme slogan de défense du livre : l’écrit, par ses exigences de réflexion poussée et active, requiert un effort particulier d’intelligence, tant de la part de l’auteur et du lecteur que de celle de l’éditeur.

L’histoire des éditions

Les premières années : de 1876 à 1956

En septembre 1876, Arthur Hermann (né le 31 août 1839, normalien et professeur agrégé de mathématiques) fonde à Paris, au 6 rue de la Sorbonne, la maison d’édition qui porte son nom. Hermann se fait immédiatement connaître en publiant les œuvres de ses amis mathématiciens et physiciens (Cartan, les époux Curie, Hadamard, Poincaré) ou philosophes (Duhem, Renan). Par fantaisie, il réimprime également de luxueuses publications antérieures (comme les fleurs de Redouté) et des récits de voyage (notamment ceux de La Pérouse). En 1926, pour célébrer le cinquantième anniversaire de la maison, Jules Hermann, qui a succédé à son père à la tête de la maison, édite un catalogue du fonds qui atteste de la pertinence des choix éditoriaux : on y retrouve d’importants ouvrages de Bohr, Boutroux, Cantor, Gauss, Hilbert, Langevin, Lobatschewsky, Planck, Riemann ou La Riboisière.

En 1927, le gendre d’Arthur Hermann, Enrique Freymann (1888-1954), alors attaché culturel du Mexique, reprend les rênes de la maison. Soutenu par Louis de Broglie (prix Nobel de Physique), Freymann fonde la collection Actualités scientifiques et industrielles dans laquelle il publie des centaines d’œuvres marquantes comme celles de Bourbaki, Brunschvicg, Carnap, Cavaillès, Einstein, Monod, Neurath, Sartre ou Wiener.
 






 

 

 

 

 L’ère Berès : de 1956 à 2006


« Pierre, ou la curiosité. Une curiosité immense et que j’aimais parce qu’elle était immense et s’attachait, avec une inquiète allégresse, à ce qui est l’essentiel c’est-à-dire aux livres et aux tableaux dans lesquels l’ambition humaine a déposé le meilleur de soi. Livres et leurs manuscrits, tableaux, dessins, ouvrages de la science ancienne en ses belles premières éditions, autographes de grands auteurs, Pierre prenait tout cela dans les bras de ses prodigieux catalogues, et je me demandais, quand je recevais un de ceux-ci ou en apercevais d’autres, comment il pouvait maîtriser, sans avoir l’air d’y toucher, une aussi vaste matière.
[…]

N’enfermons pas Pierre Berès dans l’éclat de ses réussites professionnelles. Pensons plutôt à l’hériter qu’il fut d’une tradition, le dernier ou presque. » Yves Bonnefoy, Portraits aux trois crayons,
Paris, 2013, © Galilée


Sous l’Occupation, entre la rue de la Sorbonne et le Jardin du Luxembourg, Enrique Freymann rencontre Pierre Berès (1913-2008), figure déjà célèbre de la haute bibliophilie et tout jeune éditeur de la plus grande lithographie en couleur jamais réalisée, La Fée électricité de Raoul Dufy.
En 1956, peu après la mort de Freymann, ses héritiers cèdent la maison Hermann à Pierre Berès, qui incorpore au catalogue le fonds des éditions La Palme. Afin de rajeunir l’image de la maison, Berès demande au typographe Adrian Frutiger, qui anime la fonderie Deberny et Peignot, de redessiner la charte graphique et l’identité visuelle d’Hermann. Frutiger dessine alors le logo et une typographie unique pour chaque lettre composant le nom Hermann, puis conçoit la célèbre façade argentée de ce qui devient le comptoir de ventes de la rue de la Sorbonne(1.).
Parallèlement, Berès repense la ligne éditoriale et élargit le spectre des publications, sans pour autant renoncer aux critères de rigueur et de scientificité qui font la marque et le savoir-faire d’Hermann. C’est alors que s’établit cette politique éditoriale bipolaire, qui caractérisera Hermann pendant plus d’un demi-siècle, et que Berès résumera en une formule, celle d’éditeurs des sciences et des arts.

Pour dynamiser le secteur scientifique, soucieux d’être toujours à la pointe de la recherche, Berès s’entoure des conseils de Georges Champetier, François Jacob et Jacques Monod, et entreprend de publier dans toutes les disciplines. Avec Edgar Lederer, il aborde la chimie des substances naturelles, et donne une impulsion nouvelle aux œuvres de Bourbaki, tout en se nouant d’amitié avec Henri Cartan et Jean Dieudonné.


Ce dernier est d’ailleurs chargé de créer la collection Travaux en cours pour rendre compte des dernières évolutions de la recherche mathématique. Les travaux des plus brillants mathématiciens français (dont les deux lauréats de la médaille Fields Laurent Schwartz et Jean-Pierre Serre) y seront ainsi publiés.


À la mort de Jean Dieudonné en 1992, cette collection est continuée par le mathématicien Lê Dung Tràng, qui fonde également la collection Actualités mathématiques. En physique, Claude Cohen-Tannoudji (prix Nobel de Physique) écrit pour Hermann son traité Mécanique quantiqueBerès crée des revues scientifiques de renommée internationale (L’Enseignement des sciences et Sciences) ainsi que de nombreuses collections : Histoire de la pensée avec l’épistémologue et historien Alexandre KoyréFormation des enseignants et formation continue avec le mathématicien Alain BouvierMéthodes avec Pierre Aigrain et Pierre Favard. En médecine, Maurice Tubiana et Jacques-Louis Binet créent à la demande de Pierre Berès la collection Ouverture médicale, une des premières collections grand public qui résument les acquis scientifiques et les conseils de grands spécialistes.

 








Dans le même temps, Berès œuvre sans relâche pour imposer Hermann en tant qu’éditeur d’art et de sciences humaines.

En 1960, avec André Chastel, il fonde la somptueuse revue Art de France pour laquelle Maurice Merleau-Ponty rédigera L’Œil et l’Esprit et à laquelle contribueront de très nombreux écrivains et essayistes (Aragon, Yves Bonnefoy, Michel Butor, René Char, André Fermigier, Jean Paulhan, Gaëtan Picon, Francis Ponge, Pierre Rosenberg, Philippe Sollers, etc.) ainsi que des artistes de premier ordre (Vieira da Silva, André Masson, Pierre Soulages, Ubac).

Puis voit le jour la collection Miroirs de l’Art (dirigée par André Chastel et Françoise Cachin), connue pour avoir ouvert une voie nouvelle dans l’histoire de l’art...

En 1970, Michel Foucault prolonge ses réflexions sur l’inter- et la trans-disciplinarité en créant la collection Savoir, aux quatre registres : arts, lettres, sciences, cultures. C’est dans cette collection que paraissent les traductions des œuvres de Karl Popper ou de John Searle et que sont publiés les textes de Jean-Pierre Faye, Marc Fumaroli, Jacqueline de Romilly ou Maurice Allais (prix Nobel d’Économie).

À la pointe de tous les savoirs, les éditions Hermann acquièrent ainsi sous la direction de Pierre Berès une image de qualité tant auprès des libraires que des lecteurs.

 

Les Éditions Hermann aujourd’hui

Depuis 2006, la maison est présidée par Arthur Cohen, que Pierre Berès a désigné comme son successeur. Assisté par Philippe Fauvernier (Directeur général adjoint depuis 2002) et près de soixante-dix éditeurs, directeurs de collection et conseillers éditoriaux, Arthur Cohen a étendu encore la ligne éditoriale d’Hermann, afin de publier des ouvrages de référence et de recherches dans toutes les disciplines du savoir et conquérir ainsi un plus large lectorat. Très rapidement, la maison connaît un nouvel essor, que Le Monde des Livres n’hésite pas à qualifier de « petite révolution »(2.) .
Ce renouveau se traduit d’abord par la création d’un grand nombre de collections (en musique et musicologie, en psychanalyse, en sciences sociales, en philosophie, en danse, en épistémologie, en culture numérique et informatique, en histoire des sciences) et par la poursuite des collections existantes. Par exemple, la collection Savoir Arts s’est considérablement étoffée avec de nouveaux écrits d’artistes : en plus des textes de Matisse et de Giacometti(3.) , sont publiés les écrits sur l’art de Pierre Soulages,Ingres, Courbet, Renoir, Bracquemond

Ces efforts ont été salués par l’obtention de nombreux prix et récompenses (comme, par exemple, le Prix Ève Delacroix de l’Académie française attribué en 2007 à Jacqueline Risset pour Traduction et Mémoire poétique, le Prix des Muses décerné en 2009 à Paul Griffiths pour son livre sur Jean Barraqué intitulé La Mer en feu, le Prix de l’Académie royale de Belgique décerné en 2011 à Anne Staquet pour Descartes et le libertinage, le Prix du forum Atomique français attribué en 2012 à Jacques Foos et Yves de Saint Jacob pour Peut-on sortir du nucléaire ?, le Prix Louis Liard de l’Académie des Sciences Morales et Politiques attribué en 2012 à Patricia Kauark-Leite pour Théorie quantique et philosophie transcendantale ou encore le Prix des Impertinents 2013 pour La nouvelle idéologie dominante de Shmuel Trigano).

 



Parallèlement à cette politique éditoriale exigeante et rigoureuse, la maison a ouvert des départements éditoriaux dont la vocation est d’accueillir et de promouvoir la réflexion et la création littéraire contemporaines. Sont ainsi publiés des essais (
La Vie humaine d’André Comte-Sponville, La Science n’est pas l’art de Jean-Marc Lévy-Leblond, Le silence du Bouddha de Roger-Pol Droit ou La Loi intérieure de François Rachline), des textes littéraires (Fleurs de Philippe Sollers, Mon Espagne de Florence Delay, L’Ange bleu de Zoé Valdés) ou des romans (Le Nil est froid de Guillaume de Sardes – qui obtient en 2010 le Prix Bourgogne de littérature et le Prix François Mauriac de l’Académie française –, Mémoires du Serpent de Michel Host, lauréat du Prix Goncourt en 1986) à destination du grand public.

Ce renouveau s’illustre enfin par l’effort de modernisation de la chaîne de production et de distribution des ouvrages publiés par la maison. En 2012, soit 136 ans après sa création, Hermann a quitté la rue de la Sorbonne pour s’établir au 6 rue Labrouste, dans le 15e arrondissement de Paris, doublant ainsi la superficie de ses locaux.

Attentive aux évolutions du marché du livre, la direction de la maison a stratégiquement modernisé tous les outils de production de manière à permettre la commercialisation des nouveautés et d’une part significative du fonds dans de multiples formats électroniques. La politique commerciale, markéting et promotionnelle a été redéfinie en conséquence.

En publiant près de deux cents nouveaux livres par an suivant des procédés constamment actualisés, Hermann jouit d’un dynamisme et d’un savoir-faire qui perpétuent son prestige déjà ancien.
 


1. (le siège de la maison ayant été déménagé par Pierre Berès au 115 puis au 156 Boulevard Saint-Germain,
avant de s’installer, entre 1972 et 2002, au 293 rue Lecourbe).
2. Dans son édition du 25 août 2006.
3. Nouvelle édition revue, corrigée et augmentée en 2014.